Vers une contre histoire environnementale du port spatial de Kourou : lever le « space gaze » – Séminaire OSPAPIK – David Redon

mercredi 14 octobre 2026

En ligne, 15H00 — 17H00

Cette intervention, fondée sur les archives publiques (CNES, administrations, entreprises..), les littératures, les œuvres d’art et une collecte de paroles (2001-2022), revisite l’histoire du Centre spatial guyanais (CSG) comme celle d’une nouvelle strate de colonisation technologique et scientifique. Installé en 1964 sur un territoire traité en terra nullius, il a produit expropriations, ségrégation urbaine, terrassements massifs et la destruction de 365 km² de forêt primaire avec le barrage hydroélectrique de Petit Saut. Contre le récit d’une modernité « propre » et high-tech, elle se propose de documenter des pollutions et toxicités du CSG — sols, eaux, écosystèmes, retombées de propergols, habitabilités et fragmentation des territoires créoles et amérindiens — qui sont diffuses, chroniques et invisibilisées, et la notion de « zones de sacrifice » derrière les « plans de gestion de l’écologie » et relations symbiotiques avec les organismes de recherche sur la biodiversité. Elle espère déconstruire un consensus selon lequel le spatial serait peut-être « moins cosmocidaire » que l’extractivisme minier ou les grandes infrastructures. Le CSG ne serait pas moins « destructeur », mais autrement — chimique, cumulatif, statistiquement illisible, — et surtout mieux enchâssé dans un grand récit impérial, bénéficiant de l’impunité discursive du complexe de la spatialité-industrialoétatique. Le consensus en faveur du « projet spatial » apparaît alors comme le fruit d’une nouvelle « fabrique du consentement » reposant sur la continuité d’une domination politique sur le Vivant, née d’une asymétrie de pouvoir entre une spatialité hégémonique et des régimes d’habitabilité des populations guyanaises rendus subalternes.
 

David Redon, historien de formation, conseiller au ministère de la culture, doctorant en anthropologie et histoire, Université des Antilles, PHEEAC (Pouvoir, Histoire, Esclavage, Environnement, Atlantique, Caraïbes) – UMR 8053 ; chercheur associé à l’IPEAT-Université Toulouse Jean-Jaurès et au groupe Mondes caraïbes et transatlantiques en mouvement (MCTM)

 

En parallèle d’une carrière professionnelle dans les politiques culturelles, il travaille sur l’esclavage, le marronnage et leurs représentations dans les sociétés antillaises et guyanaises, les nouveaux récits de la modernité au travers du Centre spatial et de la ville nouvelle de Kourou en Guyane française. Entre 2001 et 2018, il réalise une centaine d’entretiens auprès des témoins de la création de la base spatiale de Kourou versés aux archives. En 2024, après la publication d’un ouvrage collectif aux Presses du Réel sur la genèse du Centre spatial, il reprend une thèse en anthropologie et histoire sous la direction de l’anthropologue et géographe, directrice de recherches au CNRS, Christine Chivallon, « La base de quoi ? L’enclave territoriale du centre spatial de Kourou à l’épreuve du récit de modernisation de l’outre-mer (1962-2027) »

 

Lien visio : https://visio.numerique.gouv.fr/oow-gawg-sog 

Informations pratiques :
Lieu : En ligne