Le regard de la dorade : penser les mondes océaniques Perspectives philosophiques et anthropologiques de l’océan – Séminaire OSPAPIK – Caterina Di Fazio
mardi 20 octobre 2026
En ligne, 16H00 — 18H00
Lien visio : https://visio.numerique.gouv.fr/oow-gawg-sog
Dans l’imaginaire des espaces océaniques, la mer apparaît à la fois comme frontière, ailleurs
irréductible et lien qui unit. Existe-t-il une pensée de l’océan, une philosophie de l’océan, ou bien
l’océan échappe-t-il à toute réflexion, n’en étant jamais le véritable sujet ? Peut-on parler d’une
« perspective atlantique » et d’une « perspective pacifique », comme le prétend Artaud, ou doiton se défaire entièrement de toute distinction entre mer et océan ? Y a-t-il un véritable « tournant
océanique », comme en témoigne l’émergence des humanités bleues, un changement effectif
dans la théorie et dans la pratique en matière de protection des océans ? Quelle place accorder à
la pollution plastique dans la réflexion philosophique et anthropologique de ces dernières
années ? Quel est le rôle du corps de la personne embarquée et quel est celui du navire dans les
expéditions océaniques ? Qu’en est-il de nos représentations du temps et de l’espace dans cet
élément liquide qui a symbolisé pendant des siècles autant un lieu sauvage qui faisait peur que le
dernier espace de liberté sur terre ? Peut-on continuer à percevoir dans l’océan uniquement une
« ultraressource » ou, comme l’écrit Casati, doit-on faire nôtre le « regard de la dorade » ?
Pendant ce séminaire, consacré aux ouvrages de Roberto Casati, Philosophie de l’océan (2022), et
d’Hélène Artaud, Immersion. Rencontre des mondes atlantique et pacifique (2023), nous allons
aborder toutes ces questions. Que l’océan soit ce lieu radicalement différent, ou bien que nous,
avec notre corps, soyons fondamentalement étrangers au milieu océanique et que, de notre point
de vue, nous ne puissions l’entrevoir que comme une limite à franchir, un horizon lointain, que le
tournant soit réel ou pas, dans leurs pages émerge la nécessité d’un renversement de perspective.
C’est le même qui opère, sous-jacent, dans la négociation intergouvernementale pour un Global
Plastic Pollution Treaty et le projet d’adoption pour 2030 d’une Universal Declaration of Ocean
Rights, portés respectivement par le PNUE et The Ocean Race (le second, présenté à l’ONU en
2023, n’a pas encore obtenu son aval). Dans leur esprit, les deux textes devraient être informés
également par les savoirs traditionnels, les approches holistiques et les visions du monde des
peuples autochtones et s’inscrire ainsi dans ce changement de paradigme : non plus nos droits
sur l’océan, mais les droits de l’océan lui-même. Cela nous permettra de poser la question décisive
de savoir dans quelle mesure penser l’océan revient à penser les grands enjeux environnementaux
et politiques contemporains. Que ce soit la responsabilité face à la pollution plastique ou au
sauvetage des personnes en mer, il s’avère nécessaire d’opérer une déconstruction de nos
catégories habituelles pour pouvoir enfin penser l’océan sans le recouvrir de représentations et
de dimensions humaines. Bref, il s’agit d’adopter le point de vue de la dorade.